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La mystérieuse danseuse

Derniers sonnets imaginaires de Baudelaire

(Sonnet 3)

(D’après le tableau de Degas : La danseuse étoile, 1878)

*

(Acrostiche)

L’étrange belle dame dansait avec nonchalance,
Attirant tous les regards par ses vifs mouvements.
Danse voluptueuse, légère, rythmée par la cadence
Amoureuse, elle enserrait son ELU vivement.

Naturelle et souple, au cou très long, gracieux,
Souliers de satin, vives castagnettes à la main,
Elle tournait, tenant son triste chevalier à son sein,
Malicieuse, hautaine, au regard audacieux.

Aucune autre femme ne pouvait l’emporter sur elle,
Car la dame cachait des mystères subtils, effrayants,
Attirant tous les hommes par ses baisers alléchants.

Bacchante ivre d’amour, ayant une taille bien frêle.
Ravissant sourire, laissant voir toutes ses belles dents,
Eternelle danseuse, ivre d’amour passionnant.

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Anunțuri

Soif inassouvie

Derniers sonnets imaginaires de Baudelaire

(Sonnet 1)

(D’après le tableau de Rubens : Persée et Andromède, 1622-23)

Pour abreuver l’immense soif ardente
Qui brûle mon coeur de désirs inassouvis,
Il me faudrait boire le Styx et ses eaux bouillonnantes,
Le Cocyte, l’Achéron et d’autres fleuves maudits.

Pour voir jaillir en toi la divine souffrance,
Je mettrais sur ton front une couronne d’épines,
Et sur tes épaules ma noble espérance,
Manteau tressé pour toi des fleurs d’églantine.

Pour voir briller les flammes célestes dans tes yeux,
J’enfourcherais Pégase, j’irais jusqu’aux dieux.
Pour m’enivrer d’amour, d’extase et de délices,

Pour cueillir sur tes lèvres un long, ardent baiser,
Et pour noyer mon âme dans ta mâle volupté,
Je boirais jusqu’à la lie le poison du calice.

*

Versiune românească :

Sete nestăvilită

Prière

Chaque nuit, j’implore la lune de m’éclairer
La voie qui mène vers ton coeur ténébreux.
Mes tourments, mes douleurs et mes larmes versées,
Te laissent indifférent, tu en es même heureux.

Pourquoi tiens-tu cachés tous ces trésors divins?
Pourquoi ton coeur s’entoure d’une ombre solitaire?
La tristesse de mon âme plonge dans un noir chagrin
Quand j’élève jour et nuit envers toi, mes prières. Continuă lectura

Dernière nuit de Sardanapal

Derniers sonnets imaginaires de Baudelaire

(Sonnet 2)

(Inspiré par le tableau de Delacroix : La mort de Sardanapal, 1827)
(Acrostiche)

*

Dans son lit de débauche, le roi sourit tristement.
Est-il las, ou simplement désabusé?
Rien n’éclaire plus son visage inconsolé.
Ni même les femmes voluptueuses aux seins palpitants,

Implorant un seul regard bienveillant
Et un souris sur ses lèvres dédaigneuses.
Rien ne fait briller sa figure mystérieuse.
Ennuyé, il fixe son regard vaguement,

Ne voulant plus voir ce troupeau obéissant,
Uni par la luxure, l’orgie et le vice.
Il vit tout à coup la main de la justice

Tracer sur le mur ces trois mots, flamboyant
De colère: MANE, THECEL, PHARES!
SARDANAPAL y vit sa fin avec tristesse.

*

Versiune românească :

Ultima noapte a lui Sardanapal

Ultima noapte a lui Sardanapal

Din ultimile sonete închipuite ale lui Baudelaire

(Sonet 2)

(După tabloul lui Delacroix : Moartea lui  Sardanapal, 1827)

*

Întins în somptuosul pat al desfrânării,
Regele, obosit, sau poate dezgustat,
Priveşte dus pe gânduri, cu aerul blazat,
Femei cu sâni magnifici, în templul decăderii..

Nimic nu-i luminează tristeţea din priviri.
Nici vinul sclipitor din mândrele pocale,
Nici dornice femei cu trupurile goale,
Purtând la gât rubine cu mii de străluciri.

Toate-i cerşesc un zâmbet în ochii trişti şi goi,
Dar el visează o taină grea şi sumbră….
Deodată, pe perete se-ntinde ca o umbră,

Mâna divină a judecăţii de apoi.
Cuvintele dreptăţii în inimă-l străpung.
Regele brusc tresare şi-n jur priveşte lung…

*

Versiunea franceză :

Dernière nuit de Sardanapal

Toi qui me regardes

amour et Psyché

Lagrenée : L’Amour et Psyché

*

Derniers sonnets imaginaires de Baudelaire

Toi qui me regardes ce soir d’un air vainqueur,
Ton oeil fier de vautour me perce jusqu’au coeur.
L’amour que tu me verses dans le sang m’embrase
Et tes doux baisers me font crier d’extase.

Tes caresses sur mon cou, mes épaules et mes seins
Font naître la volupté dans tes yeux hautains.
Ta passion est immense, profonde et amère.
Les vagues de plaisir me bercent telle une mer.

Tu me crées de l’extase, tu m’aimes avec fureur,
Et ta vigueur s’allume quand je crie de douleur.
Et dans la chambre tiède, toute parsemée de fleurs,

Tes baisers ardents m’enivrent de sauvages odeurs.
Inondée de délices, je pousse de longs soupirs,
Dans tes bras envoûtants, je me pâme de plaisir.

Echo et Narcisse

 

Echo et Narcisse, John William Waterhouse, 1903

*

Je murmure toujours ton nom, ô, mon tendre Narcisse!
Tu te perds dans la nuit de tes rêves obscurs.
La soif insatiable de ton beau visage pur
Dévore ta beauté, te lance dans un noir précipice.

Je caresse longuement un vain espoir immense,
Quand la nuit, ma complice, étend ses voiles ténébreux.
Mais la lune, langoureuse, au visage mystérieux,
Reflète ton brûlant désir et ta noble souffrance.

Je languis comme toi de tes charmes secrets,
Triste, adorable chimère qui m’attire et t’enfuis.
Je crie ton nom partout; il se perd dans la nuit.

Je m’endors triste et seule, bercée de noirs regrets.
Comme je voudrais éclairer tes profonds mystères,
M’enivrer de tes yeux, me noyer dans leurs lumières !

Amphion

(Elisabeth Louise Vigée Le Brun : Amphion, 1793-95)

*

Joue de la lyre de mes hanches épanouies,
Fais-en sortir des chants divins, enivrants!
Caresse de tes doigts ses cordes doucement,
Entoure-les de tes longs bras dans la nuit!

Le temple de notre amour se dresse lentement.
Il est fait de baisers, de caresses et de rêves.
Sous les sons magiques de la lyre, il s’achève.
Pieux sanctuaire de mystères envoûtants.

Tes langoureux soupirs enchantent mes oreilles.
Mes hanches frémissent et vibrent longuement.
Tes doigts amoureux les caressent tendrement,

Le temple résonne d’émouvantes merveilles.
L’extase de cette musique remplit la nuit d’amour.
Le temple dresse vers le ciel son unique contour.

Rends-moi la lumière de mon soleil

(Derniers sonnets imaginaires de Baudelaire)

*

Mon âme se lamente, entourée d’épaisses ténèbres.
Elle se débat et pleure son immense douleur.
D’humides brouillards s’épaississent dans mon coeur.
Regrets, repentirs, chagrins, marchent en convoi funèbre.

L’oeil chargé de pleurs et sanglots involontaires
invoque la lumière d’un soleil rayonnant.
Cette immense nuit ressemble au Chaos soupirant,
Hanté de mauvais anges, ennemis de la lumière.

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