Voyage en Adécélie

Carnets d’ADCL, recueil collectif.
Recopilation de textes de 20 membres de l’Atelier de Création Littéraire.
Janvier 2010, éditeurs: Chez LuLu et The Book Edition.

Auteurs : A. Aribaud, H. Baudouy, J.-.L Berger, C. Boudrie, Cathy, É. de Buffrénil, G. El Boustami, C. Gardien, P.-.A Gasse, P. Linglet, H. Louvrier, R. Mainville, B. Majour, J.-.F Meslin, M. Menesclou, S. Olivier, I. Parfenoff, J. Pintea, V. Popescu, É. Viaud.
Prologue, Fil rouge, Interviews : É. de Buffrénil, B. Majour, J.-.F Meslin.
Couverture et logo : Agnès Kerboriou – Cartes : J.-L Berger.
Coordination : É. de Buffrénil.

 

 

Dans l’Orient-Express…

 

Pour interviewer Virginia, Marcellin devait se rendre à Ploiesti, près de Bucarest. Il avait tenu à effectuer le voyage par voie ferroviaire pour traverser les Carpates et emprunter l’Orient-Express, ou du moins ce qu’il en subsiste. Il avait donc pris l’avion jusqu’à Vienne où il avait retrouvé le train mythique et roulait vers la capitale roumaine. Il goûtait maintenant le confort de sa couchette. Jetant un coup d’oeil par la fenêtre, il conclut qu’il traversait le domaine de Dracula. Il tira de sa serviette la documentation et les romans qu’il avait choisis pour le voyage : le best-seller de BramStoker, évidemment, « le château des Carpathes » de Jules Verne, un guide touristique dont il avait plié un coin de la page intitulée « Ploiesti », et le dossier concernant Virginia. Il se dit qu’il fallait commencer par les choses sérieuses. D’abord la ville ! Ploiesti, zone sismique, bombardements en 1944, pillée par l’Armée rouge ; une ville martyre, quoi !… Centre pétrolier, mais les gisements s’épuisent ; tant mieux pour la planète… il y a quand même du rose dans ce tableau, le grand architecte Toma T. Socolescu, maire de la ville entre les deux guerres, la développa et l’urbanisa… Actuellement, sa proximité avec Bucarest et sa position de carrefour routier ont impulsé un nouvel essor… Elle a conservé un important patrimoine culturel et architectural…

Et Virginia ? Jeanne m’a dit qu’elle voulait garder son mystère ! Pas facile d’interroger quelqu’un dans ces conditions… Nous avons rendez-vous au Musée d’Art, sur le boulevard Chestnut – ça ne fait pas trop roumain, ce nom-là… à quatorze heures…

***

Chez Virginia POPESCU

 

Deux heures moins le quart. Je suis devant le Musée d’Art ; j’éprouve un sentiment de familiarité devant ce bâtiment, mais à la réflexion, cela ne m’étonne pas, puisqu’il est l’oeuvre d’un élève de Charles Garnier. Je commence à noter en attendant Virginia : Elle enseigne le français. Elle écrit dans sa langue natale ainsi que dans celle de Voltaire et participe au plus important site roumain d’écriture à distance, Agonia. Elle a, depuis quelque temps, intégré plusieurs ateliers français pour y faire progresser son style. Elle pratique aussi bien la poésie que la prose. Pas si mystérieuse que ça, on dirait, il semble qu’elle ait déjà bien bavardé avec Jeanne ; le chef comptable va encore trouver les notes de téléphone trop salées !

Deux heures et quart. Voici Virginia, enveloppée d’un grand manteau et d’une écharpe rouge – c’est le signalement convenu, moi, je porte mon badge de journaliste. Elle a respecté le quart d’heure de courtoisie.
— Bonjour, me dit-elle, entrons vite, nous sommes en plein courant d’air… ! Nous pénétrons dans le musée ; stuc à l’intérieur comme à l’extérieur et décoration néo-baroque. Tout en bavardant, nous passons entre des oeuvres peintes ou sculptées par des artistes roumains des deux siècles derniers, devant des collections de céramiques, d’icônes sur verre et de tapisseries roumaines. Nous gravissons l’escalier monumental et passons sous un puits de lumière.
— Quelles sont vos sources d’inspiration, Virginia ?
— Les légendes, la mythologie, le rêve, les symboles, nos littérateurs, les vôtres, surtout Baudelaire, Rimbaud, mais aussi Camus ou Rabelais, lequel nous invite à nous abreuver aux sources de la Dive Bouteille, celles de la Science, de l’Art, des Lettres… mais aussi de l’Amour, bien entendu !
— Que préférez-vous, vers ou prose ?
— J’aime les deux formes, ma prose, de toute façon, est toujours poétique. Dans Voyage en Adécélie, j’ai choisi d’insérer un texte inspiré par un rêve symbolique, j’en ai toute une série ainsi ; je reprends le projet, déjà ancien, d’écrire un roman autobiographique. J’y ai ajouté, également, deux poèmes en vers libres, mais je me plie aussi aux formes fixes : sonnets, pantoums…— Comment êtes-vous venue à l’ADCL ?
— Je fais partie d’une liste française de haïkus…
— Haïku ? Ce n’est pas la première fois que j’entends ce terme !
— Et vous l’entendrez encore. Cette très petite forme poétique japonaise a tendance à envahir la planète… Claire y était également inscrite et elle m’a parlé de l’atelier…
— Oui, c’est généralement ainsi, on connaît quelqu’un qui connaît…
— C’est ça. Je suis arrivée juste à temps pour pouvoir participer au recueil. J’ai eu la surprise de rencontrer Jean, ce qui se dit « Ion » en roumain, un compatriote écrivain, mais lui a choisi de venir vivre en France, à Versailles, dans l’ombre du Roi Soleil !
Il se fait tard, Marcellin…
Nous sortons. Une heure brumeuse, entre chien et loup.
Virginia m’embrasse sur les deux joues et disparaît dans le mystère du crépuscule.

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