Arhive

Le Palais de Cristal (2)

Cristal palais

La question m’avait d’abord intriguée, mais elle avait ouvert une porte sur un monde dont je ne faisais que soupçonner l’existence, un monde que je tenais soigneusement caché sous un épais rideau. Un monde secret qui ne prenait vie que la nuit, dans mes rêves. Et voilà qu’il retirait brusquement ce rideau et me révélait ce côté inconnu de ma personnalité.
J’en fus un peu effrayée, mais sa figure calme m’inspirait une grande confiance.
Et je continuai comme si je lui racontais un rêve.
“ Oui, j’ai vu ce palais, je sais qu’il existe. C’est le Palais des Idées pures, là où ne peuvent entrer que ceux qui s’aiment d’un amour total, d’une pureté de cristal. Je veux écrire sur ce palais qui me hante depuis longtemps, mais je n’ai pas encore acquis de style.”
“ Ce n’est pas là le problème”, me rassura-t-il. “Le style se formera au fur et à mesure que vous écrirez. Mettez-vous à écrire ! Quand on a des idées plein la tête, on trouve aussi la manière de les exprimer. ”
Il se leva d’un coup, prit son chapeau, et tout en me jetant un long regard, me dit:
“Vous devez commencer, j’ai confiance en vous.”
Il se dépêcha de partir, me laissant toute pensive.  Continuă lectura

Le Palais de Cristal (l)

Cristal palais

Mon rêve à moi, c’était ce Palais de Cristal, pur, diamantin, rayonnant et magnifique, inaccessible aux simples mortels, dont l’entrée était gardée par le sphinx.
C’était ma hantise, ce merveilleux palais de contes de fées. Je l’avais vu briller parmi les nuages, ou resplendir au fond de l’océan, baigné par des eaux d’émeraude, entouré par des récifs de corail et d’étoiles de mer… mon Palais à moi, le Palais de mes rêves.
Je rêvais d’y entrer un jour avec mon élu, le chevalier sans peur et sans reproche, je lui en parlais d’une voix exaltée. Une lueur chimérique brillait dans mon regard comme si j’avais réellement vu ce château se dresser fièrement devant mes yeux assoiffés d’idéal. Et lui, la tête un peu penchée, m’écoutait, plongé dans ses pensées. Massif, se tenant devant moi dans le grand fauteuil, il se laissait bercé par ma voix musicale. Un sourire un peu absent flottait sur ses lèvres.
J’étais intriguée, je voulais surprendre en lui un geste, un éclair dans les yeux, un mouvement d’étonnement, de surprise ou même un hochement de tête en signe de négation.
“Que pense-t-il de moi?” me demandai-je, comme soudainement réveillée d’un rêve merveilleux. Je lui avais donné un coup de fil, l’invitant à venir chez moi.
Avant d’entrer dans la cour, il s’était arrêté devant la porte, admirant ma tête, visible par la fenêtre de la salle de bains. Il m’avait longuement regardée, comme en extase, imprimant ma figure dans sa mémoire. Il me disait souvent que je ressemblais à un portrait de Rubens, ce qui m’amusait terriblement.
J’entendis ses pas monter lourdement les marches de l’escalier en colimaçon. Je lui ouvris la porte, l’invitant à s’asseoir dans le grand fauteuil. Et nous commençâmes l’une de nos discussions habituelles, sur la littérature, la musique, l’art en général.
Tout à coup il m’adressa une question qui me surprit beaucoup: “Pourquoi ne vous-mettez-vous pas à écrire?
Vous avez une sensibilité à part, une riche imagination, une vaste culture.”
Et je me mis à divaguer sur mon Palais de Cristal.

A suivre …

Le Palais de Cristal (4)

Cristal palais

Après une discussion banale en apparence, après ce geste de mon collègue qui m’avait beaucoup affectée, voilà qu’une personne proche, un homme que je voyais chaque jour, m’avait avoué son amour.
Un amour immense, débordant, dont je devinais la puissance jusque-là cachée ! Je ne savais pas ce qui m’avait bouleversée le plus: les vers ou sa voix vibrante d’émotion, ou bien les deux ensemble.
J’avais été émue jusqu’aux larmes par la passion renfermée en lui et délivrée tout à coup des chaînes qui l’avaient retenue prisonnière. Comment ne m’étais-je pas rendu compte ? En un éclair je revis ses visites, ses gestes, ses paroles, et surtout notre dernière discussion sur Edith Piaf. Je venais de lire un livre qui insistait sur la vie de débauche qu’elle avait menée. J’avais pris sa défense, disant que la vie d’un artiste compte moins que ce qu’il laisse après lui. “Au lieu de vivre une longue vie, dépourvue de passion et d’amour, il est préférable de vivre pleinement sa vie.” J’aimais beaucoup cette chanteuse pour l’ardeur qu’elle mettait dans ses chansons et pour sa voix unique.  Continuă lectura

Le Palais de Cristal (3)

Cristal palais

La discussion avait continué et mon jeune collègue s’était mis à faire des considérations sur l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme. Je soupçonnais en lui un mysoginisme, qu’il ne s’efforçait d’ailleurs pas de cacher. Sa remarque m’avait offusquée et je lui avais répliqué: “ Savez-vous en quoi consiste cette supériorité envers la femme? Eh bien, la supériorité de l’homme consiste en deux choses: la première c’est que vous, les hommes, quand vous pissez, vous vous tenez debout. La seconde c’est que vous avez la position supérieure pendant l’acte sexuel.”
J’avais observé que mon vieil ami avait violemment tressailli, mais sans rien dire. Quant au collègue, il avait voulu répliquer, mais j’avais continué : “Ce n’est pas moi qui soutiens cela, c’est l’un des vôtres, le célèbre psychanalyste S. Freud. Alors il s’était mis à médire de Freud, l’appelant « ce Juif qui a soutenu seulement des bêtises ».
La discussion s’était arrêtée là.  Continuă lectura