La rentrée – souvenirs d’enfance

La rentrée

« Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans… »
Anatole France « Le Livre de mon ami »

Chère amie,
je pourrais commencer ces souvenirs d’enfance tout comme cet écrivain français, car chaque automne, assise sur ce banc du parc qui longe le boulevard principal, je vois des dizaines d’élèves aller en classe. Et mon regard rêveur s’arrête toujours sur leurs gibecières ou cartables neufs. Tout ceci me fait remonter bien loin dans le passé et je me revois montant vers la petite école pour la première fois.
Je pense à ma pauvre mère qui avait du mal à joindre les deux bouts avec ses trois enfants et dont le souci le plus grand était d’avoir de quoi leur mettre sous la dent. Il n’y avait pas si longtemps, qu’au prix de grands efforts elle accomplissait le miracle de les rassasier tous les trois avec un seul oeuf.
Ma soeur et mon frère aînés allaient déjà en classe, puis vint le jour où je dus y aller également. Ce jour-là est resté gravé dans ma mémoire avec une grande précision, car l’humiliation que je ressentis est encore très vive et douloureuse. Après avoir raté l’occasion de devenir « petit marin » je m’embarquai sur le chemin du savoir.
Ma mère m’acheta un abécédaire, un livre de calcul, un crayon, deux cahiers et une gomme, mais elle n’avait plus assez d’ argent pour acheter un cartable et un plumier. Elle improvisa donc et me confectionna un cartable dans un fichu rouge à fleurs et pour ranger la gomme, elle me donna une boîte d’allumettes.
L’école où j’ai passé mes quatre premières années était une maisonnette formée de deux pièces : la première, la plus large servait de salle de classe dans laquelle se trouvaient deux groupes d’élèves qui apprenaient simultanément avec un seul maître d’école. La seconde était réservée aux maîtres d’école : un couple, mari et femme. Après la guerre, les maîtres d’école étaient rares.
Je crois que le sort l’avait voulu ainsi : dès le début, je me distinguai de mes copains. Je ne sais plus vraiment comment se passa cette rentrée. Tout ce que je me rappelle c’est que de retour à la maison, je dis à ma mère d’une voix décidée que je n’irais plus en classe avec ce fichu en guise de cartable.
Je pense qu’elle resta tout à fait insensible face à ma révolte, car je me mis à chercher un objet pour supplanter ce sacré fichu. Ma quête ne resta pas sans résultat car, vers le soir, je revins avec un air triomphant, tenant entre mes mains une boîte métallique vide qui avait contenu pendant la guerre un masque à gaz. Elle me semblait bien plus élégante que le fichu, en dépit de sa grosseur et surtout de sa lourdeur.
Le jour suivant, je me présentais en classe avec ma trouvaille regardant d’un air victorieux mes copains et mes copines. Cette boîte, je la plaçais tout contre le mur, à côté de moi, mais chaque fois que je faisais un mouvement brusque, elle tombait produisant un bruit infernal, et troublant le silence de la classe. Pourtant, pour rien au monde je n’aurais remplacé cette satanée boîte avec le fichu que maman m’avait donné pour la rentrée.

Basmaluta

Nicolae Grigorescu – Fata cu basma roşie

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