L’enlèvement de la Belle Muse – épisode 15


(Simon Vouet, Uranie et Calliope – 1634)

*

L’Ennui aurait voulu s’amuser au bal masqué mais il savait qu’il courait un grand danger s’il restait encore au Palais des Rêves. Il fit ses bagages et s’en alla rapidement à la faveur de la nuit…
Le cheval sur lequel étaient montés La Belle Muse et Mal Armé semblait voler.
Mal Armé tenait la Muse étroitement collée contre sa poitrine et elle se laissait bercer par ce vol enivrant. Le cheval déchirait la nuit telle une flèche et l’air vibrait longuement derrière eux. Le temps semblait voler également. Et comme ils couraient, portés par ce cheval merveilleux, Mal Armé se pencha à l’oreille de la Belle Muse et se mit à lui murmurer des vers. Sans bien comprendre leur sens, à cause de leur hermétisme, la Belle Muse en ressentait pourtant un grand trouble. C’était une espèce d’incantation, un chant envoûtant que Mal Armé murmurait à son oreille. Il la troublait profondément et elle se demandait avec étonnement comment elle n’avait  encore rien entendu de ce poète. Etait-ce le Hasard qui le lui avait envoyé ou bien le Destin?

Soudain, Mal Armé lui dit que Mal Aimé ne l’attendait plus sur le Pont des Merveilles, qu’il avait récemment connu une Jolie Mendiante Rousse chez Beau de l’Aire et qu’il en avait fait sa Belle Muse aux cheveux roux. Il lui dit aussi que Mal Aimé s’était étalé avec cette Jolie Rousse dans tous les cafés littéraires de Paris, qu’il menait une vie scandaleuse avec cette femme sans scrupules qui avait attiré beaucoup de poètes auprès d’elle.
Et il lui dit même que ce Mal Aimé avait réussi à attirer la critique des Anciens, bien qu’il eût voulu apaiser la querelle entre les Anciens et les Modernes.
Les derniers temps, Mal Aimé avait lancé toutes sortes de bizarreries; la Tour Eiffel était à ses yeux la bergère qui gardait le troupeau des poètes modernes. Il lui révéla aussi que cette Jolie Rousse était en réalité une émigrante russe, s’appelant de son vrai nom la Jolie Russe. Elle avait affolé tous les poètes avec lesquels elle avait entretenu des liaisons dangereuses, leur faisant tourner la tête vers une nouvelle poésie. C’était Chaud Or de l’Oeil Clos qui le lui avait dit un soir. Cette Jolie Rousse qui avait la prétention d’être la Muse de la nouvelle poésie, n’était qu’une femme de moeurs douteuses qui aimait s’afficher avec Mal Aimé mais qui se laissait aimer par tous ceux qui lui faisaient la cour.
Le coeur de la Belle Muse se serra d’indignation et de révolte et elle voulut savoir pourquoi Mal Armé lui avait menti, en lui disant que Mal Aimé l’aimait toujours et qu’il l’attendait sur leur pont de rêves et de mirages. Alors Mal Armé lui dit d’une voix vibrante et profonde: “Belle Muse, sache que ni  le Temps passé, ni les Amours reviennent!
L’heure a sonné pour la poésie pure. Tu vas te purifier dans l’Azur que je vais te montrer par mes Fenêtres. Quand tu t’enivreras de mon Azur, tu oublieras ton Pont de Rêves et ton Bien Aimé qui n’est en réalité qu’un lamentable Mal Aimé.
Je suis sûr d’ailleurs, que cette Jolie Rousse l’abandonnera un jour, tout comme Marie de L’Or si Fin, Clotilde, Amie, Salomée, Loreley, Lou et toutes les femmes qui ont cru l’aimer.”

A suivre…

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