L’enlèvement de la Belle Muse – épisode 14


Simon Vouet, Uranie et Calliope – 1634

*

La Belle Muse laissa l’Ennui et Mal Armé continuer leur partie de dés et se retira dans sa chambre, sous le baldaquin de rêves, pour rêver à l’aise à son Bien Aimé.
Pourquoi se croyait-il un Mal Aimé ? Ne savait-il pas qu’elle avait été endormie et qu’elle avait dormi de longues, très longues années? N’était-il pas venu dans son rêve, ne lui avait-il pas donné ce doux baiser qui l’avait réveillée à la vie et à l’inspiration? Pourtant, elle ne l’avait pas reconnu dans son rêve. Il avait beaucoup changé. Les longues années qu’il l’avait attendue sur ce pont de rêves, l’avaient profondément marqué, elle en était parfaitement consciente. Mais pourquoi ne s’était-il pas présenté au concours du Bois Blois? N’avait-il plus de confiance en lui, ou bien son inspiration l’avait-elle quitté? Il avait préféré l’attendre toujours sur leur pont où l’heure sonnait et ils couraient l’un vers l’autre s’appelant par leur nom. Et l’heure se brisait en minutes, s’éparpillant dans les eaux de la Seine qui coulait nonchalante, sans se faire de soucis, de jour comme de nuit.
Tout cela et d’autres souvenirs tendres revenaient dans la mémoire de la Belle Muse.
Quand la méchante Parque l’avait piquée de son fuseau, elle s’était évanouie et ne s’était plus rien rappelé. Elle s’était réveillée dans ce Palais de Rêves, où elle n’avait vu que l’Ennui qui bâillait devant son lit. Mais voilà que son Bien Aimé lui envoyait enfin un message, lui donnant de ses nouvelles. Il lui avait été fidèle et l’avait attendue toutes ces longues années sur leur Pont de Rêves et d’amour….
La Belle Muse s’étendit un peu dans son lit pour rêver, mais elle ne le pouvait plus. A présent elle était une Muse réveillée et en éveil qui devait veiller à son amour et à son Beau Prince.
Comme elle se tenait dans cette douce attente, elle entendit quelqu’un frapper à la porte.
L’Ennui fourra sa tête de monstre ingénu et lui dit que c’était bien le temps de s’habiller et d’aller rencontrer Mal Armé. Celui-ci l’attendait devant une petite porte cachée, dans les vastes jardins du palais. La Belle Muse enfila vite un pantalon, endossa un veston, mit un chapeau d’homme sur la tête, des bottes aux pieds, le masque sur le visage et se dépêcha de sortir. L’Ennui la conduisit sur un sentier étroit, vers la petite porte secrète, à l’abri des yeux curieux. La Belle Muse eut le temps d’observer l’agitation dans la cour du Palais, les lampions qui brillaient et le jeu des jets-d’eau.
Elle entendit la musique et poussa un soupir. Comme elle aurait voulu s’amuser au bal masqué! A ce moment, elle entendit un sifflement qui venait de dessous un arbre touffu.
L’Ennui la conduisit et elle vit Mal Armé qui l’attendait. Il était monté sur un cheval qui piaffait d’impatience. Mal Armé fit monter la Belle Muse sur le dos du cheval, devant lui et ils sortirent en silence. La nuit les engloutit entre ses voiles de ténèbres. L’Ennui poussa un soupir de soulagement et revint sur ses pas.
Sa mission auprès de la Belle Muse avait pris fin.

(A suivre…)

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