Toamna în poeme într-un vers – L’automne dans des poèmes en un vers

Ion Pillat

Întoarcere / Retour

În toamna desfrunzită m-am întâlnit, copil
Dans l’automne défeuillé je me suis rencontré enfant

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Stol coborât / Volée en descente

Cad frunzele, pământul e plin de rândunele
Les feuilles tombent, la terre est pleine d’hirondelles

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Belşug / Abondance

Am întâlnit azi toamna venind în car cu boi
J’ai rencontré aujourd’hui l’automne dans un char à boeufs

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Castana / La châtaigne

Din ghimpii amintirii trecutul l-am cules
Dans les piquants du souvenir j’ai cueilli le passé

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Toamna copilăriei / L’automne de l’enfance

Mireasmă de gutuie într-un iatac bătrân
Parfum de coings dans une vieille alcôve

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Tinereţe / Jeunesse

Pe frunza toamnei pasul sfios al căprioarei
Sur les feuilles de l’automne le pas timide de la biche

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Amurg / Crépuscule

Iubirea ta m’ajunge cu umbre tot mai lungi
Ton amour me rattrape dans des ombres de plus en plus longues

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Singur /Seul

Prin pulberea de aur cu toamna prin zăvoaie
Dans la poussière dorée avec l’automne parmi les bocages

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Veveriţă toamna / L’automne écureuil

O frunză roşie suie pe ramuri, alte cad
Une feuille rouge escalade les branches, d’autres tombent

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Poetul / Le poète

Stă încărcat de versuri ca toamnele de rod
Tout chargé de rimes comme l’automne de fruits

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Traduction en français : Virginia Popescu, Nicole Pottier

La rentrée – souvenirs d’enfance

La rentrée

« Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans… »
Anatole France « Le Livre de mon ami »

Chère amie,
je pourrais commencer ces souvenirs d’enfance tout comme cet écrivain français, car chaque automne, assise sur ce banc du parc qui longe le boulevard principal, je vois des dizaines d’élèves aller en classe. Et mon regard rêveur s’arrête toujours sur leurs gibecières ou cartables neufs. Tout ceci me fait remonter bien loin dans le passé et je me revois montant vers la petite école pour la première fois.
Je pense à ma pauvre mère qui avait du mal à joindre les deux bouts avec ses trois enfants et dont le souci le plus grand était d’avoir de quoi leur mettre sous la dent. Il n’y avait pas si longtemps, qu’au prix de grands efforts elle accomplissait le miracle de les rassasier tous les trois avec un seul oeuf.
Ma soeur et mon frère aînés allaient déjà en classe, puis vint le jour où je dus y aller également. Ce jour-là est resté gravé dans ma mémoire avec une grande précision, car l’humiliation que je ressentis est encore très vive et douloureuse. Après avoir raté l’occasion de devenir « petit marin » je m’embarquai sur le chemin du savoir.
Ma mère m’acheta un abécédaire, un livre de calcul, un crayon, deux cahiers et une gomme, mais elle n’avait plus assez d’ argent pour acheter un cartable et un plumier. Elle improvisa donc et me confectionna un cartable dans un fichu rouge à fleurs et pour ranger la gomme, elle me donna une boîte d’allumettes.
L’école où j’ai passé mes quatre premières années était une maisonnette formée de deux pièces : la première, la plus large servait de salle de classe dans laquelle se trouvaient deux groupes d’élèves qui apprenaient simultanément avec un seul maître d’école. La seconde était réservée aux maîtres d’école : un couple, mari et femme. Après la guerre, les maîtres d’école étaient rares.
Je crois que le sort l’avait voulu ainsi : dès le début, je me distinguai de mes copains. Je ne sais plus vraiment comment se passa cette rentrée. Tout ce que je me rappelle c’est que de retour à la maison, je dis à ma mère d’une voix décidée que je n’irais plus en classe avec ce fichu en guise de cartable.
Je pense qu’elle resta tout à fait insensible face à ma révolte, car je me mis à chercher un objet pour supplanter ce sacré fichu. Ma quête ne resta pas sans résultat car, vers le soir, je revins avec un air triomphant, tenant entre mes mains une boîte métallique vide qui avait contenu pendant la guerre un masque à gaz. Elle me semblait bien plus élégante que le fichu, en dépit de sa grosseur et surtout de sa lourdeur.
Le jour suivant, je me présentais en classe avec ma trouvaille regardant d’un air victorieux mes copains et mes copines. Cette boîte, je la plaçais tout contre le mur, à côté de moi, mais chaque fois que je faisais un mouvement brusque, elle tombait produisant un bruit infernal, et troublant le silence de la classe. Pourtant, pour rien au monde je n’aurais remplacé cette satanée boîte avec le fichu que maman m’avait donné pour la rentrée.

Basmaluta

Nicolae Grigorescu – Fata cu basma roşie

Le mot du poète

L’automne est revenu, couvre mon coeur de n’importe quoi,
de l’ombre d’un arbre dénudé ou mieux encore de ton ombre à toi

in «Emotion d’automne» (Nichita Stanescu)

Buste de Nichita Stanescu, Ploiesti
(Photo: Virginia Popescu)

Depuis son piédestal en marbre couleur marron , le poète aux ailes tranchées me regarde d’un air désolé. Sur ses lèvres flotte un sourire amer.
Assise sur un banc, je l’observe en silence depuis quelque temps.
C’est une belle journée d’automne au ciel clair.
Une brise légère fait voler autour de moi un essaim de feuilles dorées.
Un groupe de jeunes turbulents trouble le calme du parc. Ils parlent à voix haute tout en recrachant l’écorce des graines de tournesol juste devant le poète qu’ils ignorent complètement.
Moi, je le regarde avec insistance dans les yeux, essayant de surprendre un  éclat, quelque chose qui me donne un petit espoir, un  éclaircissement. Les ailes amputées par les mains du sculpteur semblent pleurer ses élans, ses envols vers des hauteurs insoupçonnées.
Je voudrais lui demander pourquoi il est si triste, mais je suis sûre qu’il ne me répondrait pas, par fierté…
Peut-être mon regard trop insistant le dérange-t-il.
J’essaie de regarder ailleurs et ma pensée s’envole vers le «Prince heureux » d’Oscar Wilde. Celui-là, les édiles de la ville l’avaient habillé d’or, l’embellissant de pierreries.
Le prince des poètes est  bien plus pauvre que le dernier mendiant de la ville.
« Le Prince Charmant sans Tilleul », comme il avait l’habitude de s’appeler, trône, triste et solitaire, sans ailes au-dessus d’une ville avec des gens plus ou moins malheureux, plus ou moins pressés, plus ou moins et même nullement épris de poésie…
Que pourrait encore leur donner le poète, excepté sa poésie qu’il a désespérément aimée ?
Une pensée traverse avec insistance mon esprit, me hantant : le poète a t-il appris en fin de compte le mot créateur de lumière qu’il avait quêté toute sa vie, fouillant avec acharnement la langue poétique  jusque dans  ses profondeurs insoupçonnées ?  Continue reading

La Belle Muse endormie – épisode 2


(Simon Vouet, Uranie et Calliope – 1634)

*

Mais revenons à notre Belle Muse sans Merci, car le sommeil et les rêves l’avaient rendue un peu cruelle. Elle avait trop dormi et était devenue impatiente de se réveiller et de montrer au Prince des Poètes ses vertus qui sommeillaient et qui voulaient se réveiller à la vie et à l’inspiration.
Mais que se passait-il pendant ce temps à l’orée de ce Bois immense, ténébreux et épais où les ronces et les épines s’entremêlaient, formant une muraille infranchissable ?
Un homme était arrivé devant le bois obscur et il s’arrêta fatigué et attristé à la lisière.
Il avait bien dépassé le milieu du chemin de sa vie et il pensait avec angoisse qu’il n’avait plus à sa disposition qu’une quarantaine d’années tout au plus pour arriver au Palais des Rêves où la Belle Muse dormait et faisait de doux rêves, rêvant aux doux baisers du Beau Prince.
Tourmenté, anxieux et impatient d’arriver au bout de son chemin, notre bonhomme regardait d’un air malheureux cette forêt vierge, sauvage, dure et épaisse.
Il descendit de son cheval, une belle rosse rousse, à crinière couleur de rouille qui portait le doux nom de Rossinante et le laissa en liberté à brouter l’herbe qui poussait là-bas pour reprendre ses forces.
Il prit sa longue lance aiguë, voulant vérifier l’épaisseur de cette forê si profonde, si épaisse, si étrange et si étrangère à la fois.
Avant d’arriver avec sa rosse devant cette maudite forêt, il avait remporté d’éclatantes victoires. Les moulins à vent se mettaient à voler aux quate vents, rien qu’à la vue de sa merveilleuse lance. Il en avait abattu mil et un jusque là.
Mais cette forêt, c’était toute autre chose. Ce n’était pas de la farine que l’on moulait ici.
Après avoir vérifié son épaisseur qui était vraiment épaisse et profonde, mais également sombre et pleine de dangers invisibles, il se mit à réfléchir.  Continue reading

Trei candele cu moţul ciufulit – Trois chandelles aux houppes ébouriffées

serban codrin

Şerban Codrin

Trei candele cu moţul ciufulit

chardon romana

*

Trois chandelles aux houppes ébouriffées

Fleurs de chardon, fleurs d’une terre tourmentée,
se bousculant et échangeant des gnons entre les épines,
allument dans le désespoir et les canicules
trois chandelles aux houppes ébouriffées.
Fleurs opiniâtres, fleurs osseuses,
fleurs belliqueuses, emmêlées dans les piquants,
se chevauchant dans l’accroc d’un fossé ,
pour que seule leur caste le domine,
fleurs s’enorgueillissant de leurs âmes hérissées,
d’en haut, un ciel mauve orné de croissants de lune
et de constellations, des grillons, jusqu’en bas,
dès qu’on les intimide, de méchantes pointes surgissent,
des cliques effrayantes de couteliers.

Traduction : Virginia Popescu, Nicole Pottier